Le Fleuve

Le Fleuve

de Jean Renoir

  • Le Fleuve
  • (The River)
  • France, Inde, États-Unis1951
  • Réalisation : Jean Renoir
  • Scénario : Rumer Godden, Jean Renoir
  • d'après : le roman Le Fleuve
  • de : Rumer Godden
  • Image : Claude Renoir
  • Décors : Eugène Lourié
  • Montage : George Gale
  • Musique : M.A. Partha Sarathy
  • Producteur(s) : Kenneth McEldowney
  • Interprétation : Nora Swinburne (la mère), Esmond Knight (le père), Adrienne Corri (Valérie), Arthur Shields (Monsieur John), Radha Shri Ram (Mélanie), Thomas E. Breen (Cpt. John), Suprova Mukerjee (Nan), Richard Foster (Bogey), Patricia Walters (Harriet)...
  • Éditeur DVD : Opening
  • Date de sortie DVD : 22 mars 2006
  • Durée : 1h35
  • Direction artistique : Bansi Chandragupta
    Narration : June Hillman

Le Fleuve

de Jean Renoir

Une place dans le monde


Une place dans le monde

Sor­ti en 1951, le pre­mier film en couleur de Jean Renoir était aus­si son préféré. Adap­té du roman de Rumer God­den, avec qui il écriv­it le scé­nario, Le Fleuve est son seul film tourné en Inde. Il trou­ve pour cadre les rives du Gange, peu après la fin de la Sec­onde Guerre mon­di­ale.

Il n’ex­is­tait jusqu’à présent qu’une seule édi­tion du Fleuve, et on la devait à l’ex­cel­lent édi­teur améri­cain Cri­te­ri­on, qui avait sor­ti l’an dernier une édi­tion de référence, agré­men­tée de nom­breux sup­plé­ments (un entre­tien avec Rumer God­den, un doc­u­ment d’époque mon­trant Renoir par­lant de son film, et une inter­view de Mar­tin Scors­ese, qui a joué un rôle impor­tant dans la restau­ra­tion du film). L’édi­tion que sort aujour­d’hui Open­ing, sous une jaque­tte hélas beau­coup moins pres­tigieuse que celle de son homo­logue améri­cain, ne con­tient comme réel sup­plé­ment, out­re la fil­mo­gra­phie de Renoir, qu’une inter­view, mais celle-ci s’avère telle­ment riche qu’elle rend ce DVD incon­tourn­able. En 53 min­utes, l’his­to­rien du ciné­ma Jean Col­let, auteur notam­ment de livres sur Truf­faut et Ford, revient de façon pas­sion­nante sur la genèse du film, sur sa place dans l’œu­vre et dans la vie de Renoir, tout en en livrant une fine analyse.

Cette inter­view était néces­saire pour aider le spec­ta­teur à mieux percevoir le film (et lui don­ner au pas­sage l’en­vie de le revoir), tant, comme le remar­que Jean Col­let lui-même, le film peut dérouter lors d’une pre­mière vision, notam­ment à cause de son rythme lent, dénué de sus­pense et d’in­trigue. Il faut savoir se laiss­er bercer par le rythme si par­ti­c­uli­er du Fleuve et sa suc­ces­sion de scènes a pri­ori sans lien les unes par rap­port aux autres, qui lui donne ce côté décousu et désor­don­né.

Pre­mier film en Tech­ni­col­or de Renoir (dont il a cher­ché à gom­mer et à pastelis­er les couleurs sat­urées), Le Fleuve est un film impres­sion­niste. Dès ses pre­miers plans (des jeunes femmes dont nous ne dis­cer­nons que les bras dessi­nent sur la terre, à base de farine de riz et de lait, une mag­nifique rosace blanche), le film s’in­scrit en effet sous le signe de la pein­ture, et donc sous le signe de son père, qu’il admi­rait et à qui il con­sacr­era quelques années plus tard un livre, Pierre-Auguste Renoir, mon père.

L’his­toire en soi n’a rien de pas­sion­nant et ne sera donc qu’un pré­texte pour Renoir, qui cherche avant tout ici à livr­er un objet ciné­matographique dont l’e­sprit serait iden­tique à celui qui ani­mait les tableaux de son père. Véri­ta­ble réus­site visuelle, cinquante-cinq ans plus tard, la poésie est intacte.

Ain­si, ce n’est pas dans son his­toire que réside l’in­térêt du film. Une ques­tion se pose alors : pourquoi avoir choisi d’adapter ce livre en par­ti­c­uli­er et avoir passé cinq années à en peaufin­er le scé­nario avec l’au­teur elle-même, Rumer God­den? Jean Col­let livre quelques clés. Le héros du film est un homme blessé, qui a per­du une jambe à la guerre. Renoir est lui-même passé proche de l’am­pu­ta­tion pen­dant la Pre­mière Guerre mon­di­ale. Il est intéres­sant de not­er que le choix de l’ac­teur pour incar­n­er ce rôle s’est porté sur Thomas Breen, qui était réelle­ment hand­i­capé. Un autre per­son­nage, Mélanie, quant à elle déchirée entre deux cul­tures, à la fois indi­enne et anglaise, per­met à Renoir d’évo­quer le motif de l’é­tranger qui lui est cher, lui qui est par­ti tra­vailler à Hol­ly­wood en 1940, et de s’in­ter­roger sur une ques­tion pri­mor­diale au sein de son œuvre: com­ment trou­ver sa place dans le monde.

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