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El Aura

El Aura

de Fabián Bielinsky

  • El Aura
  • Argentine2005
  • Réalisation : Fabián Bielinsky
  • Scénario : Fabián Bielinsky
  • Image : Checco Varese
  • Montage : Alejandro Carillo Penovi, Fernando Pardo
  • Musique : Lucio Godoy
  • Producteur(s) : Samuel Hadida, Pablo Bossi, Gerardo Herrero
  • Interprétation : Ricardo Darín (Esteban Espinosa), Dolores Fonzi (Diana), Alejandro Awada (Sontag), Pablo Cedrón (Sosa), Jorge d'Elía (Urien), Manuel Rodal (Dietrich), Nahuel Pérez Biscayart (Julio)...
  • Date de sortie : 29 mars 2006
  • Durée : 2h12

El Aura

de Fabián Bielinsky

Le braquage était presque parfait


Le braquage était presque parfait

À force d’imag­in­er le braquage par­fait, un homme des plus sim­ples se retrou­ve un jour con­fron­té à la mise en pra­tique de ses théories. Mais un petit détail suf­fit pour que toute la machine se dérè­gle trag­ique­ment. Avec un sujet en or, Fabián Bielin­sky réalise un film déséquili­bré tan­tôt intimiste, tan­tôt vir­tu­ose, mais en tous points promet­teur.

Un homme, allongé sur le sol froid d’une banque, reprend pénible­ment con­science. Une crise d’épilep­sie l’a ter­rassé alors même qu’il reti­rait de l’ar­gent à un guichet automa­tique. Pen­dant un temps non défi­ni par le film, il a per­du toute emprise sur le réel. Este­ban, de son prénom, mène une vie très banale, voire apathique où l’empaillage d’an­i­maux reste sa prin­ci­pale activ­ité. Mais con­traire­ment aux apparences, le cerveau de ce bon­homme un brin balourd est en per­pétuelle ébul­li­tion. Prob­a­ble­ment en réac­tion à son hand­i­cap, il imag­ine inlass­able­ment le braquage par­fait, antic­i­pant sur les réac­tions des uns et des autres, chronomé­trant à la minute près le temps néces­saire pour échap­per à la police et éviter ain­si toute effu­sion de sang. De tels fan­tasmes, pris dans le con­texte économique argentin actuel, ne sont pas anodins. Pour­tant, si le milieu que dépeint Fabián Bielin­sky est bel et bien celui des gens très mod­estes – pre­mières vic­times de la crise économique –, son œuvre n’a pas pour but d’être un pen­sum social. Ce qui l’in­téresse avant tout, c’est le mécan­isme du fan­tasme, le fait d’aus­cul­ter la manière dont cet homme croit dur comme fer qu’un « cerveau supérieur » peut maîtris­er tout le déroule­ment d’un braquage, de son organ­i­sa­tion à son appli­ca­tion.

Lors d’une par­tie de chas­se peu con­clu­ante, Este­ban saisit bien mal­gré lui l’op­por­tu­nité de met­tre en pra­tique toutes ses théories. Il abat par erreur le plus gros bra­con­nier de la région et décou­vre en fouil­lant dans son cabanon que le macch­a­bée s’ap­prê­tait à bra­quer le four­gon du plus grand casi­no de la région à qui il devait acces­soire­ment une con­séquente somme d’ar­gent. Le «Cerveau» ne peut bien évidem­ment pas laiss­er pass­er pareille occa­sion et se présente, au terme d’une approche hési­tante un peu longuette, aux com­plices aus­si nerveux que stu­pides pour leur offrir ses ser­vices. Inutile d’en dire davan­tage, les événe­ments ne se dérouleront pas comme prévu.

La pre­mière grande qual­ité du film est de ne jamais tomber dans la fas­ci­na­tion pour son sujet. Priv­ilé­giant les « gueules cassées », des décors et une lumière naturels, El Aura se veut dans une veine on ne peut plus réal­iste. Terne, jusque dans les couleurs sat­urées de gris, le sec­ond film de Fabián Bielin­sky prend des accents de drame intimiste car il dresse avant tout le por­trait d’un homme bouf­fé par la soli­tude, pour qui l’avenir n’est qu’un hori­zon morose et prévis­i­ble, entre­coupé d’ab­sences soudaines dues à ses crises d’épilep­sie. Ces instants, par ailleurs, font l’ob­jet d’un tout autre traite­ment: la bande-son est sat­urée de bruits inquié­tants, le mon­tage alterne plans larges et gros plans sur les yeux révul­sés. Le déséquili­bre immé­di­at engen­dré par l’ef­fet clipesque et un peu tape-à-l’œil de ces scènes rend cepen­dant le reste d’au­tant plus terne que cer­tains autres per­son­nages, Diana notam­ment, souf­frent d’un manque de con­sis­tance assez fla­grant au point de n’être que les arché­types d’un film qui ne laisse finale­ment que très peu de place au hasard. La faute à un scé­nario qui a souhaité priv­ilégi­er d’autres trames (une som­bre atti­rance entre Este­ban et Diana qui n’ap­porte pas grand-chose) alors que ce qui intéresse avant tout Fabián Bielin­sky, c’est le pas­sage à l’acte, l’or­gan­i­sa­tion d’un braquage par un ama­teur fan­tas­meur.

En ce sens, la dernière par­tie du film est de loin la plus réussie car elle trou­ve un équili­bre en aban­don­nant les trames précédem­ment exploitées. Les crises d’épilep­sie d’Este­ban pren­nent tout leur sens dra­ma­tique parce qu’elles sont d’emblée posées comme la source de dys­fonc­tion­nement, preuve que l’homme ne peut pré­ten­dre à une emprise totale sur les événe­ments. Ce qui devait être un braquage pro­fes­sion­nel, pro­pre et rapi­de se trans­forme en un minable car­nage. Mais surtout, Este­ban devra faire un autre appren­tis­sage. Lui qui vivait presque coupé des autres, devra com­pren­dre qu’un des fac­teurs les plus impor­tants et sur lesquels toute antic­i­pa­tion reste veine, c’est la con­fi­ance que l’on peut avoir en ses com­pagnons de for­tune. Pas la révéla­tion du siè­cle, mais un film qui gagne à être vu et qui con­firme que Fabián Bielin­sky reste l’un des grands espoirs du ciné­ma argentin.

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