L’Accord

L’Accord

de Nicolas Wadimoff

  • L’Accord
  • Suisse2005
  • Réalisation : Nicolas Wadimoff
  • Image : Nicolas Wadimoff, Issa Freij, Gianluca Grossi
  • Son : Nicolas Wadimoff, Issa Freij, Gianluca Grossi, Jérôme Eltabet, Denis Sechaud, Philippe Kurzawa
  • Montage : Karine Sudan
  • Musique : Philippe Héritier
  • Producteur(s) : Nicolas Wadimoff, Serge Gordey, Luc Martin-Gousset
  • Production : Akka Films, Point du Jour
  • Journaliste : Béatrice Guelpa
  • Date de sortie : 15 mars 2006
  • Durée : 1h22

L’Accord

de Nicolas Wadimoff

Échec des négociations


Échec des négociations

Plaidoy­er hési­tant et jamais con­va­in­cant pour les accords de Genève, ce réc­it décousu met en scène l’e­spoir et le « courage poli­tique » de six inter­venants, Israéliens et Pales­tiniens, face aux doutes et aux craintes des pop­u­la­tions. Le but est man­qué, et on sort scep­tique, sinon découragé, d’un doc­u­men­taire qui de sur­croît ne nous apprend rien.

Retour en arrière. Le 1er décem­bre 2003, après deux ans et demi de négo­ci­a­tions incon­nues du grand pub­lic, sont signés les accords de Genève par une délé­ga­tion de négo­ci­a­teurs israéliens et pales­tiniens soucieux de met­tre un terme à un con­flit qui les déchire depuis plus d’un demi-siè­cle. Il s’ag­it, selon les pro­pres ter­mes du con­trat, de pro­pos­er une solu­tion « glob­ale et défini­tive ». Le monde applau­dit. Et les pop­u­la­tions con­cernées? Pour le savoir, la caméra de Nico­las Wadi­moff, cinéaste indépen­dant accom­pa­g­né de la jour­nal­iste Béa­trice Guel­pa, va suiv­re pen­dant plus d’un an trois Israéliens et trois Pales­tiniens, tous sig­nataires de l’ac­cord, dans leur quo­ti­di­en pour la pro­mo­tion du doc­u­ment dans leur pays respec­tif. Côté israélien, sont présen­tés un mil­i­taire réserviste, le patron d’une agence de com­mu­ni­ca­tion et une femme d’af­faires investie dans la poli­tique. En face, ou plutôt à leurs côtés, un uni­ver­si­taire, un ancien min­istre et un gou­verneur pales­tiniens.

Voici un bien étrange doc­u­men­taire qui sem­ble pos­er des ques­tions aux­quelles il ne répond jamais. Les moti­va­tions pro­fondes des per­son­nages, qui les poussent à pronon­cer le mot « paix », à dire « stop », à l’en­con­tre de leurs conci­toyens et par­fois même de leurs amis, de leur famille, ces moti­va­tions qui sont le point de départ du pro­jet, ne sont jamais con­nues. Qu’on les taxe de col­lab­o­ra­teurs, de traîtres, que leurs audi­teurs hurlent ou claque­nt des portes, on voit – on mon­tre – l’im­puis­sance de ces prêcheurs de bonne parole au charisme inex­is­tant, le regard dés­abusé, les mem­bres paralysés. Où est l’analyse? Où sont les argu­ments? Y a‑t-il seule­ment amorce de débat? Pas la moin­dre. Et l’on reste choqué de con­stater que, là encore, c’est celui qui crie le plus fort qui l’emporte. On en voudrait presque aux auteurs de traiter un sujet si grave d’une manière si légère.

Peu à peu, et bien con­tre son gré, le doc­u­men­taire dresse alors le con­stat amer d’un échec. Celui du film d’abord, au rythme con­fus, sans véri­ta­ble ligne direc­trice, sans réelle volon­té de péd­a­gogie et priv­ilé­giant cer­tains inter­venants au détri­ment du temps de parole des autres. Il manque en out­re à cette galerie de por­traits le per­son­nage pour­tant prin­ci­pal et éponyme du film: l’ac­cord lui-même. À part quelques vagues énon­cés sur le nou­veau tracé des fron­tières, et la sépa­ra­tion de la ville de Jérusalem (qui devien­dra la cap­i­tale des deux États selon le principe suiv­ant: est israélien tout ce qui est juif, est pales­tinien tout ce qui est arabe, musul­man ou chré­tien), les prin­ci­paux ter­mes du con­trat restent dans l’om­bre.

Mais surtout, et c’est plus grave, on ressent l’échec de l’ini­tia­tive de paix elle-même, à laque­lle on ne croit plus tant les enne­mis sem­blent encore se haïr. Pire, puisque les plus sages des deux camps avouent encore se détester, mais ne faire l’ef­fort que parce qu’ils y sont « oblig­és »… Enfin, le temps joue con­tre le film. Tourné entre 2003 et 2004, il sem­ble, à la lumière de l’ac­tu­al­ité, bien désuet. Entre temps, le mur a con­tin­ué de se con­stru­ire, et la bande de Gaza a été évac­uée de ses colons juifs. Ariel Sharon est sor­ti de la scène poli­tique de la manière que l’on sait. Et, hasard – ironie? – du cal­en­dri­er comme des urnes, le doc­u­men­taire est présen­té à la presse française le jour même de la vic­toire du Hamas aux élec­tions lég­isla­tives pales­tini­ennes… Les raisons d’e­spér­er qu’évo­quent les six inter­venants sont-elles les mêmes aujour­d’hui?

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