Billy O’Brien

Billy O’Brien

  • Propos recueillis par Jérôme Leroux au XIIIe festival Fantastic'Arts
    Merci à M. Billy O'Brien pour sa disponibilité, à Cédric Landemaine et Public Système Cinéma, au festival Fantastic'Arts
  • Billy O’Brien


    Bil­ly O’Brien, très sym­pa­thique réal­isa­teur et Grand Prix au fes­ti­val Fan­tas­tic’Arts 2006 de Gérard­mer avec son pre­mier long métrage Iso­la­tion, réus­sit le tour de force de remet­tre la sci­ence-fic­tion à l’hon­neur dans un genre fan­tas­ti­co-hor­ri­fique qui a ten­dance à se résumer aux sur­vivals et autres films gores. Une per­son­ne attachante et sincère qui explique aus­si hon­nête­ment les dif­fi­cultés ren­con­trées que le mes­sage qu’il veut faire pass­er.

    C’est votre pre­mière fois au fes­ti­val du film fan­tas­tique de Gérard­mer ?

    Oui, c’est la pre­mière fois que je viens. Je suis vrai­ment très heureux d’être ici. Je suis en pleine péri­ode de pro­mo­tion, on vient juste de finir le film et on com­mence à le présen­ter un peu partout. Il faut courir, mais je suis con­tent car le film est fini et il est main­tenant présen­té. C’est un véri­ta­ble hon­neur d’être là. Le fes­ti­val est fun, très fun. La cui­sine est excel­lente aus­si. J’ai essayé beau­coup de spé­cial­ités. Le foie gras (en français dans le texte) est vrai­ment très bon.

    Que pensez-vous du fes­ti­val en lui-même ?

    Great fun ! Je suis très heureux de l’in­térêt que le pub­lic a mon­tré pour mon film. Je préfère un fes­ti­val comme celui-là, dans une plus petite ville, à un gros fes­ti­val qui se passe à Lon­dres ou Paris. C’est beau­coup plus sim­ple ici.

    Avez-vous eu le temps de voir d’autres films en com­péti­tion ou pas ? Et si oui, qu’en pensez-vous ?

    En fait, je n’ai pas eu beau­coup de temps pour voir des films depuis que je suis ici. Je fais beau­coup d’en­tre­tiens, je bouge beau­coup. J’ai quand même réus­si à voir Reek­er. C’est vrai­ment très sym­pa. Il y a beau­coup d’hu­mour, j’aime beau­coup.

    Quelles sont vos prin­ci­pales influ­ences ?

    J’aime beau­coup les films de sci­ence-fic­tion, genre Alien. Pour moi, c’est véri­ta­ble­ment un très bon film. J’aime beau­coup aus­si les films de David Cro­nen­berg, ce mélange entre sci­ence et fan­tas­tique. Par con­tre, je suis moins fan des films de slash­er.

    En ce moment, nous avons l’im­pres­sion qu’une par­tie du ciné­ma fan­tas­tique vire dans le gore, voire très gore avec des films comme Hos­tel. Qu’en pensez-vous ?

    Je pense surtout que l’on n’a pas besoin de mon­tr­er beau­coup pour faire peur. C’est inutile d’avoir recours à des tonnes de sang pour faire peur. Dans Iso­la­tion, la scène où le sci­en­tifique utilise un pis­to­let à vache pour tuer Jamie ; il tire un unique coup de feu dans la nuque (il mime la scène). C’est extrême­ment bref et il n’y a qua­si­ment pas de sang, pour­tant c’est véri­ta­ble­ment choquant et bru­tal. C’est ce que je voulais : cho­quer le pub­lic. Je veux que le spec­ta­teur ait réelle­ment peur, et je suis intime­ment per­suadé que l’on n’a pas besoin d’en rajouter pour attein­dre ce but.

    Iso­la­tion a un rap­port assez impres­sion­nant avec le côté vis­céral des choses. Nous voyons beau­coup de tripes, de chair, d’eau extrême­ment sale, etc. Un peu comme dans les films de David Cro­nen­berg.

    J’aime beau­coup les films de David Cro­nen­berg mais ça vient surtout de mon enfance. Quand j’ai décidé de faire un film dont l’ac­tion se déroulait dans une ferme, je n’ai eu qu’à utilis­er mes sou­venirs de cette péri­ode. J’ai passé mon enfance dans une ferme et j’en garde des sou­venirs très pré­cis que j’ai util­isé pour réalis­er Iso­la­tion. Ces images très nettes m’ont servi pour faire les pre­miers cro­quis (Bil­ly O’Brien a suivi une for­ma­tion de dessi­na­teur) et, par la suite, pour chercher une ferme à l’aspect à la fois austère, isolée mais surtout réal­iste. C’est la même chose pour les plans extrême­ment proches de la mal­adie, des fœtus de créa­tures, etc. Je voulais que l’on ait l’im­pres­sion de voir des pho­tos de vétéri­naire.

    Ce qui est intéres­sant avec Iso­la­tion, c’est que c’est autant un film de sci­ence-fic­tion qu’un film fan­tas­tique hor­ri­fique. Pourquoi avoir choisi un tel traite­ment ?

    Il y a toute cette pre­mière par­tie où je voulais don­ner une crédi­bil­ité à ce qui allait se pass­er par la suite, à ce que le spec­ta­teur allait décou­vrir dans les vingt dernières min­utes du film. Je trou­ve que les films qui mon­trent la créa­ture ou le mon­stre dès les cinq pre­mières min­utes per­dent leur crédi­bil­ité auprès du spec­ta­teur. Ce n’est pas gênant si la volon­té est de faire un film sec­ond degré comme Shaun of the Dead ou Bad Taste ; mais si la volon­té est de faire peur, ça ne peut pas fonc­tion­ner. J’adore des films comme Shaun of the Dead ou Bad Taste mais ce sont des films comiques, pas des films hor­ri­fiques. Dans un film comme Alien, on ne voit pas la créa­ture tout de suite. On la décou­vre pro­gres­sive­ment. Je voulais faire la même chose avec la créa­ture du film. Je voulais lui don­ner une crédi­bil­ité et une légitim­ité. C’est aus­si pour ces raisons que j’ai voulu don­ner un côté très doc­u­men­taire à mon film.

    Dans Iso­la­tion, nous ressen­tons votre envie de faire pass­er un véri­ta­ble mes­sage sur les méfaits de la géné­tique à out­rance et la mal­adie de la vache folle. Pou­vez-vous nous en dire un peu plus ?

    C’est pour cette rai­son que je voulais don­ner un aspect doc­u­men­taire à Iso­la­tion. Je voulais qu’il ait cette crédi­bil­ité pour faire pass­er mon point de vue. Je voulais faire un film sur la mal­adie de la vache folle et les prob­lèmes résul­tant des manip­u­la­tions géné­tiques, avec tous les enchaîne­ments cat­a­strophiques qui peu­vent les suiv­re. Je me suis dit que la tragédie de Dan Reil­ly (fer­mi­er chez qui se sont pra­tiquées les expéri­ences qui ont con­duit à la bre­bis Dol­ly, pre­mier mam­mifère cloné, avec mul­ti­ples ratages, mal­for­ma­tions et ani­maux morts) pour­rait par­faite­ment se repro­duire dans la réal­ité. Mais avant tout, je voulais tout d’abord faire un très bon film car quoi qu’il arrive, s’il est bon il pour­ra dégager un point de vue, intéres­sant ou pas. Qu’est-ce qu’Alien ? C’est un très bon film. Et c’est juste­ment parce qu’il est bon qu’il peut faire pass­er le point de vue de son réal­isa­teur. À par­tir du moment où l’on a quelque chose à dire, il faut faire un bon film et le spec­ta­teur com­pren­dra naturelle­ment notre point de vue.

    Avez-vous ren­con­tré des dif­fi­cultés par­ti­c­ulières durant cette réal­i­sa­tion ?

    (Il souf­fle) Oui, beau­coup. En fait, c’est ma deux­ième réal­i­sa­tion. J’avais réal­isé pen­dant deux ans un court métrage : The Tale of the Rat That Wrote, dont vous n’avez prob­a­ble­ment jamais enten­du par­lé. Puis j’ai de nou­veau passé un peu plus de deux années pour réalis­er Iso­la­tion. Au bout du compte j’ai tra­vail­lé presque cinq années entières pour sor­tir un film en salle. C’est très long. Ça fait beau­coup de temps et d’én­ergie. J’ai ren­con­tré et décou­vert beau­coup de dif­fi­cultés durant ces cinq années. Tech­niques mais surtout liées à la dis­tri­b­u­tion ou à la pro­duc­tion. Je ne savais pas ce que c’é­tait aus­si long et dif­fi­cile de faire un film avant de me lancer dans cette aven­ture. Pass­er cinq années ain­si, c’est extrême­ment fatiguant. Le fait d’obtenir de l’ar­gent pour faire son film est une énorme dif­fi­culté en soit et, d’une cer­taine façon, ça a changé ma façon de voir un film. Quand je vois un mau­vais film avec un bud­get mod­este, je lui en veux un peu car c’est dom­mage de rater un film quand on a la chance de pou­voir en faire un ; mais la pire chose qui soit, c’est quand un réal­isa­teur a tout l’ar­gent qu’il veut pour faire un film et qu’il la gâche en faisant n’im­porte quoi. C’est telle­ment dif­fi­cile de faire un long métrage, de trou­ver les finance­ments, de boucler une réal­i­sa­tion, etc., qu’il faut respecter ce que l’on fait et tout faire pour qu’il soit le meilleur pos­si­ble.

    Avez-vous des pro­jets pour le moment ?

    Pas encore. En fait, je suis en pleine pro­mo­tion pour le moment et… je n’ai pas envie de faire tout de suite un nou­veau film car je suis van­né. Ça fait cinq ans, comme je le dis­ais, que je suis en réal­i­sa­tion ; sans compter la pro­mo­tion qui arrive et le fait que je vais me mari­er dans le cours de l’an­née. Donc, je vais déjà finir l’an­née et on ver­ra après. Si je dois en faire un nou­veau, ça restera un film fan­tas­tique hor­ri­fique ; même si j’aimerais bien faire un film de sci­ence-fic­tion, mais je sens que ce n’est pas encore le bon moment.

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