Faux amis

Faux amis

de Harold Ramis

  • Faux amis
  • (The Ice Harvest)
  • États-Unis2005
  • Réalisation : Harold Ramis
  • Scénario : Richard Russo, Robert Benton
  • d'après : le roman La Moisson de glace
  • de : Scott Phillips
  • Image : Alar Kivilo
  • Montage : Lee Percy
  • Musique : David Kitay
  • Producteur(s) : Albert Berger, Ron Yerxa
  • Interprétation : John Cusack (Charlie Arglist), Billy Bob Thornton (Vic Cavanaugh), Connie Nielsen (Renata), Randy Quaid (Bill Guerrard), Oliver Platt (Pete Van Heuten)...
  • Date de sortie : 1 février 2006
  • Durée : 1h28

Faux amis

de Harold Ramis

Nuit glaciale en Enfer


Nuit glaciale en Enfer

Faux amis reprend le thème, cher au ciné­ma d’Harold Ramis, des losers sym­pa­thiques. Situ­ant l’ac­tion de son film lors d’une nuit de réveil­lon de Noël plu­vieuse et glacée, le réal­isa­teur nous invite dans un univers déli­rant. Entre angelots, pros­ti­tuées au regard d’ange et vrais salauds, Faux amis est une descente de plus en plus immorale et exquise dans les méan­dres du crime et de la trahi­son.

Char­lie (John Cusack) est l’av­o­cat d’un homme véreux, Bill Ger­ard (Randy Quaid), qui con­trôle une grande par­tie des boîtes de nuit de Wichi­ta, petite ville du Kansas. La veille de Noël, il décide, en asso­ci­a­tion avec un homme d’af­faires à peine plus scrupuleux (Bill Bob Thorn­ton), de vol­er la caisse de Bill et de pass­er leur dernière nuit à Wichi­ta pour faire la tournée des boîtes de strip-tease. Pour­tant, son plus beau cadeau serait de s’en­fuir avec la femme de ses rêves, Rena­ta (Con­nie Nielsen). Mais il faut bien choisir ses associé(e)s…

La fil­mo­gra­phie d’Harold Ramis est peu­plée de per­son­nages coincés entre faux sem­blants et quête de rédemp­tion. Faux amis ne déroge pas à la règle : le monde de ces anti-héros ressem­ble à s’y mépren­dre à une sorte de bon­bon­nière, rem­plie de guir­lan­des et de Pères Noël impos­teurs. Comme dans Un jour sans fin, où la ville sem­blait être une tran­quille petite bour­gade mais deve­nait vite une prison pour son héros, ou encore Mafia Blues dans lequel un psy­chi­a­tre lâche et bien rangé se retrou­vait piégé par la mafia, Wichi­ta est une douce cage, « The Sweet Cage » du nom de la boîte de strip-tease où Char­lie va errer toute la nuit. Ain­si se côtoient Pères Noël et strip-teaseuses chez Harold Ramis, qui en prof­ite pour resservir l’hu­mour noir et glacial qui a fait le suc­cès de ses précé­dents films. Les familles mod­èles ne le restent pas bien longtemps, les femmes se révè­lent dan­gereuses ou gênantes et les mafieux, sans aucun doute, sont vrai­ment méchants. Même Rena­ta, la patronne sen­suelle du Sweet Cage, paraît trop belle et dis­tin­guée face à ses strip-teaseuses agrip­pées aux bar­res de fer. Les fauss­es pistes sont si bien bal­isées qu’on com­prend bien vite qu’il y a quelque chose qui cloche. Beau­coup de faux amis donc, que l’on prend un déli­cieux plaisir à suiv­re et à décou­vrir dès les pre­mières min­utes du film, mais qui devi­en­nent très vite le pré­texte à une suc­ces­sion de scènes hasardeuses.

Faux amis est un film noir, poli­tique­ment incor­rect. Tous ces hommes d’un cer­tain âge, plus ou moins véreux, qui n’ont nulle part où aller à la veille de Noël ont quelque chose de réelle­ment atten­dris­sant et grave : ils sont les sym­bol­es d’une Amérique pro­fonde con­tem­po­raine, empêtrée dans ses tra­di­tions et ses principes, essayant dés­espéré­ment de cacher l’en­vers du décor. On ne peut s’empêcher de penser à Far­go des frères Coen ou à Un plan sim­ple de Sam Rai­mi (décors et péri­ode iden­tiques) qui usaient avec délice du même thème des losers per­dus dans une Amérique bien-pen­sante. Certes, Harold Ramis sait inven­ter des per­son­nages attachants (et qui plus est, cam­pés par de très bons acteurs), mais il se perd ici dans une suc­ces­sion de scènes sans grand intérêt ni réelle logique qui ren­dent le scé­nario inutile­ment alam­biqué.

La vraie réus­site de Faux amis réside dans le point de vue du réal­isa­teur sur la ville. Ramis s’at­tarde sur la façade clin­quante de Wichi­ta, le strass de ses guir­lan­des et le kitsch des couleurs mor­dorées de Noël. Mais en emprun­tant une ruelle trans­for­mée par la pluie givrée, il révèle ce qui sera l’esthé­tique de tout son film : un point de vue glaçant qui englue les per­son­nages dans leur petit univers doré et arti­fi­ciel. Harold Ramis filme, ici, la fatal­ité. Quoi que ses per­son­nages entre­pren­nent, le réal­isa­teur resserre son étau ; pes­simiste comme à son habi­tude, Ramis con­firme qu’il n’est pas si facile de tourn­er le dos à son quo­ti­di­en et à son des­tin.

Avec Faux amis, Harold Ramis tente une pre­mière incur­sion dans l’u­nivers du polar et du film noir avec, hélas, beau­coup de lour­deurs scé­nar­is­tiques. Mais le tal­ent sin­guli­er du réal­isa­teur pour les dia­logues arrosés à l’hu­mour froid réus­sit à sauver l’ensem­ble. Et le regard juvénile de John Cusack, qui apporte une jolie tristesse à son per­son­nage de gang­ster, finit par emporter l’ad­hé­sion…

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Un jour sans fin
Un jour sans fin
Décès du réalisateur Harold Ramis
Décès du réalisateur Harold Ramis
L’An 1 : des débuts difficiles
L’An 1 : des débuts difficiles