Cache-Cache

Cache-Cache

de Yves Caumon

  • Cache-Cache
  • France2005
  • Réalisation : Yves Caumon
  • Scénario : Yves Caumon, Emmanuelle Jacob
  • Image : Josée Deshaies
  • Montage : Sylvie Fauthoux
  • Musique : Pascal Le Pennec, Thierry Machuel
  • Producteur(s) : Bertrand Gore
  • Interprétation : Bernard Blancan (Raymond), Lucia Sanchez (Caroline), Antoine Chappey (Frédéric), Gaël Le Ferec (Arthur), Éloïse Guerin (Aurore), Saadia Bentaïeb (Monique), Dimitri Rafalsky (Kazsprak), Jacques Boudet (le dentiste)...
  • Distributeur : Les Films du Losange
  • Date de sortie : 1 février 2006
  • Durée : 1h31

Cache-Cache

de Yves Caumon

Pour vivre heureux, vivons cachés


Pour vivre heureux, vivons cachés

Avec Cache-Cache, Yves Cau­mon nous entraîne dans un monde sur­na­turel où un paysan se prend pour un fan­tôme. À mi-chemin entre la comédie et le film fan­tas­tique, appari­tions et dis­pari­tions ryth­ment ce con­te étrange.

Las de l’ag­i­ta­tion de la ville, Car­o­line et Frédéric déci­dent de s’in­staller à la cam­pagne avec leurs deux enfants afin de savour­er une exis­tence plus pais­i­ble. Mais tout ne se passe pas comme prévu et la petite famille se voit con­trainte de partager ses murs avec un fan­tôme.

Ici, pas d’e­sprits malé­fiques ou de mai­son han­tée. Le fan­tôme s’ap­pelle Ray­mond, est paysan et demande sim­ple­ment à pou­voir con­tin­uer à vivre dans sa mai­son famil­iale. Mais lorsqu’une famille de citadins s’in­stalle dans la ferme qu’il occupe clan­des­tine­ment depuis trente-cinq ans, il décide de se cacher au fond du puits, his­toire de vivre une colo­ca­tion sans encom­bres… Et quand les enfants voient mys­térieuse­ment réap­pa­raître des objets tombés au fond du puits, Ray­mond devient tout à coup un fan­tôme bien­veil­lant et un invis­i­ble com­pagnon de jeu. Tout le film est cen­tré sur un jeu de regards entre Ray­mond qui voit tout et la famille qui ne voit rien. Si Ray­mond est un être humain, il répond tout à fait aux critères du fan­tôme : muet, invis­i­ble pour la société et surtout inca­pable de quit­ter le toit qui l’a tou­jours abrité. L’œil hagard, les joues creuses, Ray­mond s’ap­plique à ne jamais se com­porter comme un être rationnel. Il est une sorte d’« enfant sauvage » sans aucune maîtrise des codes qui régis­sent la vie en société.

Mais à mesure qu’il observe les intrus qui occu­pent son domaine, le fan­tôme cherche à se faire remar­quer, à laiss­er des indices sur sa présence afin de par­ticiper lui aus­si à la vie en com­mu­nauté. Alors qu’au départ le jeu de cache-cache est une néces­sité pour Ray­mond, il devient petit à petit un moyen de sig­naler son exis­tence. Les enfants et le chien devi­en­nent alors les liens qui le rat­tachent à la réal­ité. Les enfants entre­ti­en­nent une rela­tion de jeu avec lui en lançant chaus­sures, télé­phone portable et clefs au fond du puits pour que le fan­tôme, chaque nuit, vienne rap­porter ces objets dans leur mai­son. Et Ray­mond assume son rôle de per­son­nage irra­tionnel en faisant réap­pa­raître ces biens dans les endroits les plus incon­grus comme la peluche qu’il place dans les bran­chages d’un arbre ou la pipe qu’il dépose au fond d’un vase. Quant au chien, il représente un dan­gereux enne­mi, à deux doigts de le dénon­cer à chaque aboiement. Les par­ents sont exclus du monde de Ray­mond, ils ne sont pour lui que des appari­tions. On ne sait plus alors vrai­ment qui est le fan­tôme de l’autre…

C’est juste­ment cette ambiguïté qui est latente tout au long du film. Qui de Ray­mond ou de la famille a le plus de légitim­ité pour rester dans la mai­son ? Yves Cau­mon met en avant la crise des cam­pagnes et l’at­tache­ment à la terre. Bien que la famille ait acheté la mai­son, elle vio­le des tra­di­tions, une cul­ture. À voir ces citadins pein­dre dans un vio­let cri­ard les volets de la vieille ferme ou imiter approx­i­ma­tive­ment le chant du coq chaque matin, on a le sen­ti­ment qu’ils ne sont pas à leur place. Alors qu’au début du film on perçoit Ray­mond comme un excen­trique violant l’in­tim­ité des nou­veaux habi­tants, on finit par se ranger de son côté. Il a beau être un fan­tôme, sa présence n’est ignorée de per­son­ne. À com­mencer par la fac­trice qui explique à Car­o­line qu’elle voit Ray­mond quand elle ferme les yeux… Ni vrai­ment humain, ni vrai­ment spec­tre, Ray­mond est un être hybride qui essaie seule­ment de trou­ver sa place dans un monde. L’in­ter­pré­ta­tion de Bernard Blan­can dans le rôle de Ray­mond est remar­quable. Il incar­ne l’in­tru­sion d’un temps révolu dans le monde mod­erne, du silence dans un monde sat­uré de bruits. Et, para­doxale­ment, si Ray­mond est un per­son­nage muet, c’est surtout grâce au son que sa présence est sig­nalée. Yves Cau­mon utilise sub­tile­ment les bruits de la cam­pagne et de la nuit, les craque­ments du planch­er et les soupirs du fan­tôme pour jus­ti­fi­er son exis­tence aux yeux de Car­o­line et Frédéric. La moitié du film étant sans dia­logues, le son est au pre­mier plan. On a alors presque envie de fer­mer les yeux pour imag­in­er, nous aus­si, que Ray­mond est un véri­ta­ble fan­tôme.

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