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Une belle journée

Une belle journée

de Gaby Dellal

  • Une belle journée
  • (On a Clear Day)
  • Royaume-Uni2005
  • Réalisation : Gaby Dellal
  • Scénario : Alex Rose
  • Image : David Johnson
  • Montage : Robin Sales
  • Musique : Stephen Warbeck
  • Producteur(s) : Sarah Curtis, Dorothy Berwin
  • Interprétation : Peter Mullan (Frank), Brenda Blethyn (Joan), Jamie Sives (Rob), Billy Boyd (Danny), Sean McGinley (Eddie), Ron Cook (Norman), Jodhi May (Angela), Benedict Wong (Chan)...
  • Distributeur : MK2 Diffusion
  • Date de sortie : 7 décembre 2005
  • Durée : 1h45

Une belle journée

de Gaby Dellal

C'est une belle journée... Je vais me baigner


C'est une belle journée... Je vais me baigner

Les Anglais aiment les défis. Après The Full Mon­ty et son strip-tease, c’est à la tra­ver­sée de la Manche à la nage que s’at­taque un homme, Frank, remer­cié à 55 ans et bien décidé à se prou­ver qu’il est encore capa­ble de réalis­er de grandes choses. À moins que ses moti­va­tions ne soient encore plus pro­fondes. Si l’on peut déplor­er un ancrage peu orig­i­nal, celui d’un homme au chô­mage, tour­men­té par la perte de son fils 25 ans aupar­a­vant, l’o­rig­i­nal­ité du sujet, l’hu­mour du film et le mélange de bonne humeur et d’é­mo­tion qui se dégage de l’ensem­ble font pass­er un réel bon moment, entre tranche de vie et défi cathar­tique.

Alors que le sujet du film aurait pu laiss­er penser que la réal­isatrice allait se con­cen­tr­er sur l’his­toire d’un homme en par­ti­c­uli­er, un héros soli­taire ayant décidé de tra­vers­er la Manche à la nage, c’est bien l’his­toire d’un groupe – celui de Frank, de ses amis et de sa famille – que nous racon­te Gaby Del­lal. Il faut com­pren­dre sous cette belle parabole que même les exploits per­son­nels se gag­nent à plusieurs. Mal­gré le chô­mage et la perte d’un enfant qui con­tin­ue à le tor­tur­er, Frank n’est pas seul. Il a la chance d’avoir autour de lui une sacrée bande de potes. Cha­cun l’aidera à sa manière dans la pré­pa­ra­tion de son exploit : Chan, le vendeur de frites, s’avère être un rat de bib­lio­thèque, et fera toutes les recherch­es doc­u­men­taires néces­saires ; Eddie, mal­gré sa dés­ap­pro­ba­tion pre­mière, don­nera à son ami le courage d’aller jusqu’au bout ; Nor­man vain­cra son mal de mer pour accom­pa­g­n­er Frank dans son aven­ture. Comme le sug­gère l’af­fiche du film, tous se met­tront à l’eau, au pro­pre comme au fig­uré, faisant de la tra­ver­sée de Frank la vic­toire du groupe entier et non l’ex­ploit d’un seul homme.

À tra­vers cette his­toire au pre­mier abord far­felue de tra­ver­sée de la Manche, Gaby Del­lal inter­roge la manière dont nous pou­vons vivre avec les autres, nos amis, notre famille, nos enfants et tout sim­ple­ment entre êtres humains. Le début du film et même la majeure par­tie de son développe­ment dépeignent un Frank qui cache son entraîne­ment à sa femme et qui a énor­mé­ment de mal à com­mu­ni­quer avec son – autre – fils. Toute l’in­trigue réside dans cette éventuelle ouver­ture aux autres et à la vie. Une belle journée est une aven­ture humaine autant que sportive, si ce n’est plus.

La mise en scène est certes un peu con­ven­tion­nelle, mais a le mérite de regarder ses per­son­nages avec beau­coup de ten­dresse et même un cer­tain humour. Cet humour est l’un des grands atouts du film. Dans ce con­texte de dif­fi­cultés économiques et de lutte con­tre l’en­nui et les démons du passé, et si l’œil de la réal­isatrice n’avait pas été aus­si empreint de fan­taisie, le film aurait pu être plus morose, plus pathé­tique. Mais l’hu­mour, qui fonc­tionne par petites touch­es expres­sion­nistes, de même que les per­son­nages qui ne se pren­nent pas vrai­ment au sérieux ou encore les couleurs vives de cer­tains décors et vête­ments, font régn­er un vent de bonne humeur tout à fait diver­tis­sant.

Gaby Del­lal n’en oublie pas pour autant de livr­er égale­ment une réflex­ion un peu plus pro­fonde sur la posi­tion sociale de ses per­son­nages et sur l’im­por­tance du tra­vail dans nos vies. Frank a per­du son tra­vail ; l’un de ses col­lègues a com­mis un acte dés­espéré en se muti­lant volon­taire­ment pour touch­er une prime ; la femme de Frank suit une for­ma­tion de con­duc­trice de bus, arrivant dans un parterre d’hommes avec sa petite robe et son décol­leté ; quant à Rob, le fils de Frank, il est tout bon­nement homme au foy­er. Une scène très intense, voy­ant Rob se jeter tout habil­lé dans la piscine, et crier à son père qu’il n’a pas honte d’élever ses enfants tan­dis que sa femme tra­vaille, est par­mi les plus émou­vantes du film.

Enfin, la réal­isatrice a par­faite­ment rem­pli son pari « d’éviter l’écueil de la guimauve ». Sans vous dévoil­er si Frank réus­sit sa tra­ver­sée ou non, vous aurez de toute manière com­pris bien avant ce moment que c’est une tout autre vic­toire qui attend Frank. Pour un peu, on se sur­prendrait à vers­er une petite larme à la fin, signe que le film parvient à nous émou­voir sans vers­er dans le pathos. Tout comme l’air du cap Gris-Nez emplit nos poumons d’un air revig­o­rant, Une belle journée emplit notre cœur d’une douce émo­tion.

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