Seven Swords

Seven Swords

de Tsui Hark

  • Seven Swords
  • (Qi Jian)
  • Hong Kong2005
  • Réalisation : Tsui Hark
  • Scénario : Tsui Hark, Cheung Chi-Sing, Chun Tin-Nam
  • Image : Keung Kwok-Man
  • Montage : Angie Lam
  • Musique : Kenji Kawai
  • Producteur(s) : Tsui Hark, Lee Joo-Ick, Ma Zhong-Jun, Pan Zhizhong
  • Interprétation : Donnie Yen (Chu Zhaonan), Leon Lai (Yang Yunchong), Charlie Young (Wu Yuanyin), Dai Liwu (Xin Long Zi), Liu Chia-liang (Fu Qingzhu), Duncan Lai (Mulang), Lu Yi (Han Zhi Ban), Sun Honglei (Ravage), Kim So-yeun (Perle de Jade)...
  • Distributeur : Pathé Distribution
  • Date de sortie : 30 novembre 2005
  • Durée : 2h25

Seven Swords

de Tsui Hark

La danse des sabres


La danse des sabres

Tsui Hark est de retour avec qua­tre ans d’ab­sence, et l’échec de La Légende de Zu. Sev­en Swords racon­te la lutte, en plein XVI­Ie siè­cle chi­nois, de sept guer­ri­ers con­tre les Mand­c­hous, qui déci­ment des vil­lages entiers, sous les ordres de l’ig­no­ble Rav­age. Le manichéisme car­ac­téris­tique des films de sabre est bien là, mais aus­si un réc­it foi­son­nant, aux mul­ti­ples per­son­nages, com­bats, rebondisse­ments et intrigues. Et tout cela pen­dant 2h30. Sev­en Swords, c’est du grand spec­ta­cle, tourné en Scope, mais aus­si de l’é­mo­tion, dans un alliage non dépourvu d’âme.

Aux orig­ines du film de sabre, le wu xia pian, se trou­ve le wu xia, genre lit­téraire le plus pop­u­laire de Chine, qui nar­rait les exploits des grands héros de Chine, les mythes et légen­des qui aujour­d’hui encore peu­plent l’imag­i­naire chi­nois. C’est aux stu­dios de la Shaw Broth­ers que nous devons, dans les années 1970, les films les plus emblé­ma­tiques du genre : Le Sabre infer­nal, La 36e Cham­bre de Shaolin et les Sabreur man­chot. Plus proche de nous, le genre a été revis­ité avec plus ou moins de tal­ent dans les récents Tigre et Drag­on (Ang Lee), Hero et Le Secret des poignards volants (Zhang Yimou). Dans cet exer­ci­ce aux nom­breuses fig­ures imposées, Tsui Hark effectue-t-il un retour aux sources ou renou­velle t‑il le genre ? Dis­ons que tout en sac­ri­fi­ant à cer­tains codes du genre, Tsui Hark y apporte un souf­fle et une ambi­tion qui génèrent un plaisir brut ain­si qu’un dépayse­ment cer­tain.

La dimen­sion visuelle et le spec­ta­cle des choré­gra­phies sont bien sûr pour beau­coup dans ce plaisir que prend le spec­ta­teur à la vision du film. Imag­inées par Liu Chia-liang, acteur et choré­graphe, les com­bats sont – à juste titre – par­mi les scènes les plus atten­dues du film. Nous en retien­drons comme l’un des som­mets cette scène entre deux com­bat­tants acculés dans un étroit couloir, qui s’élèvent pro­gres­sive­ment, en prenant appui con­tre les murs. Est-ce qu’on attend autre chose d’un film de sabre ? Des com­bats inven­tifs, ryth­més, presque dan­sés, qui appor­tent force et beauté à ces scènes qui ne sont rien d’autre que des luttes pour la survie ou pour l’hon­neur. La par­ti­tion musi­cale par­ti­c­ulière­ment trép­i­dante du japon­ais Ken­ji Kawai leur apporte d’ailleurs juste ce qu’il faut de ten­sion.

Mais que l’on ne s’y méprenne pas, Sev­en Swords, même s’il com­porte au début son lot d’yeux crevés, de mem­bres arrachés et de têtes coupées, n’est pas qu’une his­toire de tueries et de règle­ments de compte. Sur un film qui durait ini­tiale­ment qua­tre heures, Tsui Hark dévide bien enten­du beau­coup d’autres fils et s’in­téresse autant à l’His­toire de la Chine qu’aux des­tins indi­vidu­els de ses per­son­nages. Wu, courageux petit bout de femme faisant par­tie des sept guer­ri­ers, Per­le de Jade, esclave coréenne et con­cu­bine de Rav­age, Fu, le vieil homme qui fut jadis un assas­sin et qui désor­mais se bat pour se défendre et en prenant bien garde de ne pas tuer, tous ces per­son­nages – peut-être trop ? – appor­tent au film une dimen­sion plus human­iste et créent des moments de res­pi­ra­tion et de repos, aus­si bien pour eux que pour nous.

Il est cer­tain que, le film ayant été réduit de 4h à 2h30, la psy­cholo­gie des per­son­nages appa­raît sim­pli­fiée. Il faut bien recon­naître égale­ment que l’on ne com­prend pas tout à ces nom­breuses sous-intrigues, mais – et c’est là le plus mer­veilleux – ce n’est pas grave du tout ! Voilà un film où cer­tains élé­ments nous échap­pent, où – regard occi­den­tal oblige – nous ne faisons pas tou­jours bien la dis­tinc­tion entre les per­son­nages dont les inter­prètes se ressem­blent (en par­ti­c­uli­er les deux sœurs), mais où cepen­dant le plaisir, jail­lis­sant de ce foi­son­nement, reste intact. Film de diver­tisse­ment presque pri­maire, vis­céral, Sev­en Swords est avant tout un spec­ta­cle de grande qual­ité, con­fec­tion­né par des amoureux des arts mar­ti­aux et des sabres, par ailleurs véri­ta­bles objets d’art. Le film serait même un avant-goût d’un univers beau­coup plus vaste, puisque des épisodes de série télé et d’autres longs métrages sont en pro­jet ou déjà dans la boîte. À suiv­re, donc…

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