Backstage

Backstage

de Emmanuelle Bercot

  • Backstage
  • France2005
  • Réalisation : Emmanuelle Bercot
  • Scénario : Emmanuelle Bercot, Jérôme Tonnerre
  • Image : Agnès Godard
  • Montage : Julien Leloup
  • Musique : Laurent Marimbert
  • Producteur(s) : Caroline Benjo, Carole Scotta, Barbara Letellier, Simon Arnal-Szlovak
  • Interprétation : Emmanuelle Seigner (Lauren Marks), Isild Le Besco (Lucie), Noémie Lvovsky (Juliette), Valéry Zeitoun (Seymour), Samuel Benchetrit (Daniel)...
  • Distributeur : Haut et Court
  • Date de sortie : 16 novembre 2005
  • Durée : 1h55

Backstage

de Emmanuelle Bercot

Fausses notes


Fausses notes

Cinéaste inspirée par les tour­ments de l’ado­les­cence et les enjeux de pou­voir qui con­stituent le cœur même d’une rela­tion pas­sion­nelle, Emmanuelle Bercot passe à la vitesse supérieure avec Back­stage, pre­mier pro­jet d’en­ver­gure d’une fil­mo­gra­phie à la fois con­fi­den­tielle et sur­veil­lée de très près par les pro­fes­sion­nels et la cri­tique. Remar­quée en 1998 avec La Puce, beau et trou­blant moyen métrage sur le dépuce­lage d’une jeune fille par un quar­an­te­naire, Bercot a déçu, quoiqu’in­trigué, avec Clé­ment, son pre­mier long métrage, là aus­si réc­it d’une fas­ci­na­tion illicite entre une trente­naire et un garçon de 13 ans.

Back­stage ne s’éloigne pas de cet univers. La réal­isatrice retrou­ve à cette occa­sion Isild Le Besco, qu’elle avait révélée dans La Puce et avec qui elle a déjà tourné qua­tre fois, de courts métrages en télé­films. Encore une fois, elle se con­cen­tre sur une rela­tion ambiguë, cette fois-ci entre une ado­les­cente et une adulte : mais qui mieux qu’Em­manuelle Bercot pour dépein­dre l’ob­ses­sion, jusqu’au malaise, d’une jeune fan pour son idole ?

Le Besco incar­ne Lucie, une ado qui fuit sa morne exis­tence dans une ban­lieue pavil­lon­naire en vivant pas­sion­né­ment son admi­ra­tion pour la chanteuse Lau­ren Marks (Emmanuelle Seign­er). Dans le cadre d’une émis­sion télévisée style Stars à domi­cile, Lau­ren débar­que un soir par sur­prise dans le foy­er de Lucie. La vio­lence de la réac­tion de cette dernière désta­bilise et intrigue la star ; aus­si, quand Lucie frappe à la porte de sa cham­bre d’hô­tel le lende­main, Lau­ren la laisse entr­er mal­gré les recom­man­da­tions de son entourage. Dès les pre­mières min­utes du film, Bercot ren­tre dans le vif du sujet en jetant la trou­blante chanteuse (très claire­ment inspirée de Mylène Farmer) dans le glauque quo­ti­di­en de son admi­ra­trice de façon très crédi­ble. En s’at­tar­dant avec minu­tie sur l’u­nivers de la star, elle réus­sit à con­stru­ire un per­son­nage cri­ant de vérité : des chan­sons (dont les textes ont été écrits par la sœur de la réal­isatrice, Marine Bercot) aux pochettes de dis­ques en pas­sant par les cos­tumes, tout est soigneuse­ment étudié pour cor­re­spon­dre aux codes en vigueur dans le show-biz français. Par souci d’au­then­tic­ité, Bercot a égale­ment recruté, pour le rôle du man­ag­er de Lau­ren, le très médi­atisé Valéry Zeitoun, pro­duc­teur de dis­ques et juré de l’émis­sion de télé-réal­ité Pop­stars (sa presta­tion dans le film ne devrait pas le men­er à pour­suiv­re une grande car­rière au ciné­ma). Des couliss­es de la pré­pa­ra­tion de l’émis­sion télé à laque­lle par­ticipe Lau­ren aux scènes de con­cert, Bercot nous invite dans les couliss­es d’un monde de pail­lettes dont nous suiv­ons avec délec­ta­tion les indis­cré­tions.

Hélas, le voy­age ne dure pas. Le per­son­nage incar­né par Isild Le Besco, tel un papil­lon fasciné par la lumière, se heurte très vite à la dure réal­ité du monde qui la fascine. La mys­térieuse Lau­ren n’est évidem­ment pas la poète goth­ique que ses agents promeu­vent dans ses clips, mais une petite fille capricieuse et paumée qui traîne son mal-être dans des hôtels lux­ueux. On s’y attendait, et Bercot s’en­gouf­fre sans aucune dis­tance dans cette voie un peu trop bal­isée. Dès lors, le film ne tourne qu’au­tour de la con­fronta­tion entre la star car­i­cat­u­rale et la fan béate et lim­ite psy­chopathe, sans rien apporter de bien neuf sur le sujet. On peut s’a­muser des caprices et sautes d’humeur de Lau­ren pen­dant cinq min­utes, mais très vite le film tourne en rond. Une sen­sa­tion d’en­nui et d’é­touf­fe­ment s’im­pose, accen­tuée par la qua­si unité de lieu (la cham­bre d’hô­tel) qui con­fère au film une impres­sion de mau­vais théâtre filmé.

Le pire est sans aucun doute l’ab­sence totale de recul de la part de la cinéaste. Back­stage est un film qui se prend ter­ri­ble­ment au sérieux. L’im­age (signée Agnès Godard) est très ten­dance, dans un style « cra­do-chic » totale­ment imper­son­nel. Baig­nant dans cette esthé­tique « filles per­dues, cheveux gras », les deux comé­di­ennes met­tent tant de con­vic­tion à se regarder souf­frir qu’elles font un peu peine à voir. Emmanuelle Seign­er a bien du mal à faire croire à un per­son­nage écrit n’im­porte com­ment, dont on ne com­prend jamais les moti­va­tions. Quant à Isild Le Besco, que la presse a tant com­parée par le passé à Isabelle Adjani à ses débuts, elle a le mérite de se jeter à corps per­du dans le rôle de Lucie avec une louable sincérité, mais on peut reprocher à Bercot de n’avoir pas su lui don­ner de direc­tion claire : lais­sée en roue libre, l’ac­trice noie vite son inten­sité dans une niais­erie hys­térique dif­fi­cile­ment sup­port­able.

Quand sur­git Samuel Benchetrit dans le rôle de l’ex-petit ami de Lau­ren, gueule d’ange et air ténébreux comme un rebelle de la Star Acad­e­my, on peut crain­dre le pire. Des craintes mal­heureuse­ment fondées : Emmanuelle Bercot enfile les clichés comme les per­les et rien ne nous est épargné. Lucie, à la fois obsédée par son héroïne et jalouse de ce qu’elle ne parvien­dra jamais à être, entame une liai­son vam­pirique avec le jeune homme, qui tombe amoureux d’elle. Dif­fi­cile de ne pas éclater de rire devant ce roman-pho­to pseu­do-psy­ch­an­a­ly­tique totale­ment exempt d’é­mo­tion et aux dia­logues con­fon­dants de naïveté. On est loin des inten­tions affichées par la réal­isatrice : « Avec mon co-scé­nar­iste, Jérôme Ton­nerre, on a plutôt dévelop­pé l’his­toire comme on aurait racon­té un fait divers ; en cher­chant à être au plus près de la cru­auté et de la vio­lence du sujet, à être rigoureux dans le réal­isme et la vraisem­blance. » À l’ar­rivée, Back­stage ressem­ble pour­tant plus à un télé­film copi­ant mal­adroite­ment JF partagerait apparte­ment qu’au film rêvé par Emmanuelle Bercot : ni pas­sion­nel, ni cru­el, ni trou­blant, il n’est que pré­ten­tion et ennui.

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