The Descent

The Descent

de Neil Marshall

  • The Descent
  • Royaume-Uni2005
  • Réalisation : Neil Marshall
  • Scénario : Neil Marshall
  • Image : Sam McCurdy
  • Montage : Jon Harris
  • Musique : David Julyan
  • Producteur(s) : Christian Colson
  • Interprétation : Natalie Jackson Mendoza (Juno), Shauna MacDonald (Sarah), MyAnna Buring (Sam), Alex Reid (Beth), Saskia Mulder (Rebecca), Nora-Jane Noone (Holly), Oliver Milburn (Paul)...
  • Distributeur : La Fabrique de Films
  • Date de sortie : 12 octobre 2005
  • Durée : 1h39

The Descent

de Neil Marshall

L'horreur est au bout du tunnel


L'horreur est au bout du tunnel

Vous sou­venez-vous de la dernière fois où vous avez eu vrai­ment peur au ciné­ma ? Non ? Le réal­isa­teur anglais Neil Mar­shall est là pour vous rafraîchir la mémoire. Car il se peut bien que The Descent, son sec­ond film après Dog Sol­diers (vari­a­tion sym­pa­thique mais inaboutie sur le mythe des loups-garous) devi­enne avec le temps l’un de ces sou­venirs ciné­matographiques qui ont la saveur du culte, tels L’Ex­or­ciste et Les Dents de la mer en leur temps. Un cauchemar imprimé sur Cel­lu­loïd qui réus­sit un tour de force, rare aujour­d’hui dans le ciné­ma dit «d’hor­reur» : ter­ri­fi­er le spec­ta­teur en jouant à la fois sur les codes inhérents au genre et sur les références, nom­breuses, qui ont émail­lé l’his­toire du ciné­ma d’épou­vante, sans jamais duper per­son­ne. Ici, pas de sec­ond degré à la Scream ni de con­cept type Le Pro­jet Blair Witch. The Descent est avant tout un mon­u­ment d’an­goisse dont le seul objec­tif est de jouer avec les nerfs du spec­ta­teur, per­pé­trant la tra­di­tion sado-masochiste qui unit les grands maîtres de l’ef­froi à un pub­lic qui en demande tou­jours plus.

The Descent met en scène six amies qui se retrou­vent pour une expédi­tion spéléologique un an après qu’un drame a brisé la vie de l’une d’en­tre elles (elle a per­du son mari et sa fille dans un acci­dent de la route – une scène d’une trau­ma­ti­sante effi­cac­ité). Évidem­ment, rien ne va se pass­er comme prévu : une fois sous terre, un éboule­ment les oblige à chang­er leur plan de route, et les jeunes femmes ne vont pas tarder à com­pren­dre qu’elles ne sont pas seules. La pre­mière réus­site du film, c’est de jouer habile­ment sur l’i­den­ti­fi­ca­tion avec les héroïnes. Non seule­ment les six comé­di­ennes sont totale­ment incon­nues, mais elles sont par­faite­ment crédi­bles : jolies et sportives, elles sont l’an­tithèse des poupées que le ciné­ma d’hor­reur améri­cain essaie con­stam­ment de faire pass­er pour des étu­di­antes en droit capa­bles d’af­fron­ter des bûcherons psy­chopathes. Neil Mar­shall s’at­tache dans le pre­mier quart du film à installer leur com­plic­ité, étape indis­pens­able pour mieux exprimer la déliques­cence du groupe devant les dan­gers à venir.

Mais c’est une fois sous terre que le réal­isa­teur déploie tout son tal­ent. Extrême­ment maîtrisée, la mise en scène regorge de créa­tiv­ité pour indi­quer la claus­tro­pho­bie, la peur du noir, la perte de repères dont sont vic­times les pro­tag­o­nistes et, par exten­sion, le spec­ta­teur. Mar­shall nous pro­pose un ciné­ma brut et sen­soriel – en témoigne chaque plan dont l’é­clairage naturel (lumières des casques, lam­pes de poche, torch­es) ren­force la force d’évo­ca­tion. The Descent est, plus que tout autre film d’hor­reur récent, une invi­ta­tion à l’in­ter­ac­tiv­ité : si les jeunes filles sont enfer­mées dans le noir avec, pour seule issue, l’oblig­a­tion de faire face à l’in­nom­ma­ble, le spec­ta­teur est à peu de choses près dans une sit­u­a­tion sem­blable. Film à l’an­ci­enne, The Descent est conçu pour l’ex­péri­ence ciné­matographique en salle, enfonçant le clou de la supré­matie du rit­uel des salles obscures sur le vision­nage pop-corn du home cin­e­ma.

Il est d’ailleurs large­ment décon­seil­lé aux ama­teurs de frian­dis­es de se gaver pen­dant la pro­jec­tion de The Descent, au risque de s’é­tran­gler. Car plus le film avance, pires sont les épreuves endurées par le groupe. Neil Mar­shall ne craint pas la surenchère parce qu’il sait com­ment l’u­tilis­er : de façon soudaine et bru­tale, avec une sauvagerie dont le réal­isme con­tribue au malaise général qui se dégage du film et de son dis­cours. Parce que finale­ment, bien plus effrayantes que les atro­ces créa­tures qu’elles doivent affron­ter pour sauver leur peau (par ailleurs extra­or­di­naires de pré­ci­sion et réelle­ment mon­strueuses), les jeunes femmes se trans­for­ment en machines de guerre dont la fureur, tout à fait crédi­ble, finit par être la prin­ci­pale source d’ef­froi. On pense bien enten­du à la Sigour­ney Weaver des Alien, l’une des références du film qui, de clins d’œil appuyés en véri­ta­bles cita­tions, en con­tient beau­coup : Délivrance, The Thing, Pitch Black ou encore Car­rie, mais Neil Mar­shall a le bon goût de citer les maîtres sans jamais les copi­er bête­ment. Dans The Descent, toute l’his­toire du ciné­ma d’épou­vante est présente et pour­tant, le film respire l’au­dace et la nou­veauté.

Jusqu’au dernier plan (à glac­er le sang), Neil Mar­shall déroule son réc­it avec une assur­ance fron­deuse, pas­sant sans répit de l’an­goisse pure provo­quée par nos peurs pri­maires (la forêt, l’ob­scu­rité, l’en­fer­me­ment) au gore le plus effroy­able, et ne laisse à son pub­lic que l’oblig­a­tion de le suiv­re dans son ter­ri­fi­ant voy­age qui s’im­pose d’ores et déjà comme un clas­sique du genre. Tant pis pour les ama­teurs de spéléo…

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Hellboy
Hellboy
Centurion
Centurion
Doomsday
Doomsday