Bukowski

Bukowski

de John Dullaghan

  • Bukowski
  • (Bukowski: Born Into This)
  • États-Unis2003
  • Réalisation : John Dullaghan
  • Image : Matt Mindlin, Art Simon
  • Montage : Victor Livingston
  • Musique : James Wesley Stemple
  • Producteur(s) : John McCormick, Diane Markrow
  • Bonus DVD : DVD 1 :
    Retour sur East Hollywood avec Taylor Hackford (7')
    Entretiens complémentaires avec John Martin, Linda Lee Bukowski et Bono (28')
    DVD 2 :
    Bukowski en France (3')
    Émission « Apostrophes » en intégralité (1h15)
    Poèmes lus par Tom Waits (Le Cœur rieur) et Bono (Roll the Dice) (2')
    Extraits de Women et Blowing My Hero avec Amber O'Neil (3')
    Dernières images de Bukowski en 1992 (13')
    Liens internet
  • Éditeur DVD : Wild Side Vidéo
  • Date de sortie DVD : 21 septembre 2005
  • Durée : 1h30

Bukowski

de John Dullaghan


Sous-titré Born Into This, ce doc­u­men­taire sur Bukows­ki aurait aus­si pu s’in­ti­t­uler Vie et œuvre de Charles Bukows­ki. Sans for­mal­isme et avec beau­coup de sincérité, le doc­u­men­taire de John Dul­laghan explore en effet aus­si bien la vie artis­tique que per­son­nelle du vieux Hank, par un assem­blage jamais ennuyeux d’im­ages d’archives, d’in­ter­views de Bukows­ki, et de témoignages de ses proches, son édi­teur John Mar­tin et sa femme Lin­da Lee Bukows­ki en tête.

Ce doc­u­men­taire a le grand mérite de ne pas revenir que sur les frasques de Bukows­ki. Celles-ci auraient pu ali­menter un film entier, mais, dans son souci de réalis­er un por­trait aus­si com­plet que pos­si­ble de l’homme et écrivain que fut Bukows­ki, Dul­laghan évoque égale­ment l’en­fance et l’ado­les­cence de Hank, ses pre­miers travaux, ses rela­tions avec ses par­ents, tous les élé­ments sus­cep­ti­bles de mieux nous le faire con­naître, sans à aucun moment tomber dans le pathos. Dul­laghan résume ain­si son pro­jet : « Et si on n’aime pas Bukows­ki à la fin du film, on com­prend au moins d’où il vient, on com­prend d’où il vient en tant qu’artiste. »

Après avoir vu le film, on se dit qu’­ef­fec­tive­ment, Bukows­ki était un artiste, sen­si­ble et tor­turé, et pas seule­ment un écrivain provo­ca­teur et vul­gaire. Ses thèmes d’in­spi­ra­tion, son sens de la poésie, la manière dont il a boulever­sé la lit­téra­ture con­formiste améri­caine, tout cela ressort des dis­cours de ses proches et de ses admi­ra­teurs. Der­rière une façade de facil­ité et de décon­trac­tion, on décou­vre alors un Bukows­ki exp­ri­mant ses craintes, ses espoirs, ou encore son trac juste avant une lec­ture publique, qu’il ten­tait de calmer avec quelques bouteilles.

Le doc­u­men­taire accorde une grande place à son tra­vail et à son statut d’écrivain. Les sou­venirs de Bukows­ki de son méti­er de posti­er, exer­cé pen­dant près de quinze ans, sa démis­sion puis sa demande de réin­té­gra­tion, de même que les anec­dotes racon­tées par son édi­teur John Mar­tin, qui lui promit un jour un salaire men­su­el à vie de 100 $ à con­di­tion qu’il quitte son tra­vail et se con­sacre à l’écri­t­ure, sont par­mi les pas­sages les plus humains et les plus pas­sion­nants du doc­u­men­taire. En bref, la redé­cou­verte d’un artiste génial et de ses faces cachées.

Suppléments

Retour sur East Hol­ly­wood con­siste en un retour sur les traces de Bukows­ki en Cal­i­fornie par son ami réal­isa­teur Tay­lor Hack­ford. Ce dernier évoque, de manière assez intéres­sante, la rela­tion qui unis­sait Hank à sa ville – Los Ange­les – et à son quarti­er. C’est aus­si ici qu’il a exer­cé son méti­er de posti­er, sur lequel Hack­ford racon­te quelques anec­dotes.

Les entre­tiens com­plé­men­taires ne sont autres que des scènes coupées qui n’ont pas été inclus­es dans le doc­u­men­taire, et qui pro­lon­gent les inter­views qui y fig­urent. Celle de John Mar­tin, évo­quant la sen­si­bil­ité de Bukows­ki, et son util­i­sa­tion de la bois­son pour oubli­er le trac ou la souf­france humaine est par­ti­c­ulière­ment intéres­sante.

Bukows­ki en France con­stitue une intro­duc­tion, par Lin­da Lee Bukows­ki, à la légendaire émis­sion Apos­tro­phes. La femme de l’écrivain racon­te la fin de l’épisode, après la sor­tie du plateau, et surtout accuse la télévi­sion française d’avoir fourni des bouteilles à son mari, ce qui n’é­tait pas une chose à faire selon elle. La com­para­i­son avec la ver­sion – opposée – de Bernard Piv­ot, à la fin de la dite émis­sion, vaut le détour.

Ha, Bukows­ki sur le plateau d’Apos­tro­phes, on ne s’en lasse pas ! Mais on la regarde surtout d’un autre œil après avoir vu le doc­u­men­taire de Dul­laghan. L’émis­sion reste en effet dans les annales comme l’im­po­litesse suprême d’un écrivain ivre à la télévi­sion, mais quand on sait que Bukows­ki ren­voie bien plus que cette image de fau­teur de trou­bles alcoolique, on s’a­muse finale­ment de ce petit « inci­dent », et on irait même jusqu’à se ranger à ses côtés, d’au­tant plus que les écrivains rassem­blés autour de lui réser­vent eux aus­si quelques bons moments.

Les poèmes lus sont mal­heureuse­ment trop peu nom­breux. Quant à Amber O’Neil, elle revient sur son aven­ture avec Bukows­ki, qu’elle a relatée dans une nou­velle, et que lui a reprise dans Women.

Les dernières images de Bukows­ki datent de 1992, soit deux ans avant sa mort, et ont été tournées par sa femme Lin­da, dans leur mai­son, entourés de leurs chats. Bukows­ki y fait des lec­tures de ses derniers travaux.

Les sup­plé­ments pro­posés sont donc dans leur ensem­ble intéres­sants, et com­plè­tent intel­ligem­ment le doc­u­men­taire dans leur manière d’ex­plor­er toutes les facettes de l’homme et de l’artiste Bukows­ki.

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