Kwaïdan

Kwaïdan

de Masaki Kobayashi

  • Kwaïdan
  • (Kaidan)
  • Japon1964
  • Réalisation : Masaki Kobayashi
  • Scénario : Yôkô Mizuki
  • d'après : un recueil d'histoires réunies
  • de : Lafcadio Hearn alias Yakumo Koizumi
  • Image : Yoshio Miyajima
  • Montage : Hisashi Sagara
  • Musique : Tôru Takemitsu
  • Producteur(s) : Shigeru Wakatsuki
  • Bonus DVD : Bande-annonce ; galerie photos ; filmographies ; liens Internet
  • Éditeur DVD : Wild Side Vidéo
  • Date de sortie DVD : 21 septembre 2005
  • Durée : 3h02

Kwaïdan

de Masaki Kobayashi


Kwaï­dan regroupe qua­tre con­tes fan­tas­tiques : Les Cheveux noirs, La Femme des neiges, Hoichi aux oreilles coupées, et Dans un bol de thé. Cha­cun de ces con­tes met en scène à sa manière l’in­tru­sion du monde de l’au-delà dans le monde réel, en mon­trant des humains aux pris­es avec des événe­ments sur­na­turels, le plus sou­vent des esprits. Longtemps amputée du deux­ième con­te, cette ver­sion inté­grale rend enfin hom­mage à ce grand film de Kobayashi, qui réal­i­sait là sa pre­mière et unique incur­sion dans le fan­tas­tique.

Kwaï­dan est un film fan­tas­tique, mais il s’ag­it d’un fan­tas­tique qui rôde, qui s’insin­ue peu à peu dans l’his­toire et dans la vie des per­son­nages. Sans grandil­o­quence, l’an­goisse est surtout créée par de petites touch­es de sur­na­turel, ain­si que de savants jeux de lumières et de couleurs, qui nous font bas­culer d’un monde à l’autre, et révè­lent la présence des esprits, notam­ment dans La Femme des neiges. Le lien entre les vivants et les morts est ain­si con­stam­ment inter­rogé et vient trou­bler la nor­mal­ité qui car­ac­térise le début – et par­fois même la plus grande par­tie – de chaque con­te. Par exem­ple dans le pre­mier con­te, seule sa réso­lu­tion est fan­tas­tique, et vient rompre avec une nar­ra­tion jusque là clas­sique.

Les esprits, trompeurs, illus­trent par­faite­ment le thème de l’il­lu­sion qui tra­verse tout le film : la femme jadis aimée sem­ble n’avoir pas changé, Hoïchi croit jouer du luth pour une famille noble dis­parue depuis des siè­cles, et le vis­age que l’homme voit dans un bol de thé est peut-être une illu­sion d’op­tique ou un esprit mal­faisant. À tra­vers ces his­toires d’amour et de mort, Kobayashi dresse aus­si un tableau réal­iste de quelques défauts humains : la lâcheté, l’am­bi­tion, l’é­goïsme, tan­dis qu’il rend par­fois les souf­frances des esprits touchantes. Kwaï­dan n’est donc pas sim­ple­ment la lutte des humains con­tre des esprits mal­faisants, mais une illus­tra­tion de la con­di­tion humaine, dans ses con­tra­dic­tions et ses nuances.

La grâce de la mise en scène de Kobayashi est extra­or­di­naire. Des cadrages pré­cis, des mou­ve­ments de caméra lents et har­monieux con­tribuent à créer l’at­mo­sphère si par­ti­c­ulière de ce film de fan­tômes, revenus hanter les vivants pour d’ob­scures raisons. Les décors peints gigan­tesques, et les recon­sti­tu­tions en stu­dio, loin de men­ac­er le réal­isme du film, le font entr­er dans une sorte d’in­tem­po­ral­ité qui explique la force et la beauté que pos­sède encore aujour­d’hui le film. Kwaï­dan, qui avait obtenu le Prix Spé­cial du Jury à Cannes en 1965, est un film aux dimen­sions artis­tiques et philosophiques pas­sion­nantes, à décou­vrir ou à redé­cou­vrir.

Suppléments

La bande-annonce d’époque donne de pré­cieux ren­seigne­ments sur la pro­duc­tion du film. La galerie de pho­tos est com­posée de pho­togra­phies en noir et blanc et de pho­togra­phies couleur d’ex­ploita­tion. Les fil­mo­gra­phies sont celle du réal­isa­teur Masa­ki Kobayashi, et celles, impres­sion­nantes, des acteurs Tat­suya Nakadai (qui fut l’in­ter­prète prin­ci­pal de nom­breux films de Kuro­sawa) et de Tet­suro Tam­ba. Enfin, les liens inter­net per­me­t­tent, à par­tir d’un PC, d’aller vis­iter les sites de Wild Side.

Ces sup­plé­ments peu­vent paraître déce­vants, puisque qu’au­cun doc­u­ment, aucune inter­view ne vien­nent les agré­menter, mais il faut recon­naître que le sim­ple fait de dis­pos­er du film en ver­sion inté­grale est une assez bonne rai­son de se pro­cur­er ce DVD.

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