© Sophie Dulac Distribution
Avanim

Avanim

de Raphaël Nadjari

  • Avanim
  • France2004
  • Réalisation : Raphaël Nadjari
  • Scénario : Raphaël Nadjari
  • Image : Laurent Brunet
  • Montage : Godefroy Fouray
  • Musique : Nathaniel Mechaly
  • Producteur(s) : Geoffroy Grison, Marek Rozenbaum, Itai Tamir
  • Interprétation : Asi Levi (Michale Shemi), Uri Gavriel (Meir Aharon), Florence Bloch (Nehama Tinski), Shaul Mizrahi (Rav Gabai), Danny Steg (Shmoulik Shemi)...
  • Distributeur : Sophie Dulac Distribution
  • Date de sortie : 16 mars 2005
  • Durée : 1h47

Avanim

de Raphaël Nadjari

Vivre sa vie à Tel-Aviv


Vivre sa vie à Tel-Aviv

En voulant réalis­er un por­trait de femme dou­blé d’une réflex­ion sur quelques-unes des prob­lé­ma­tiques de l’Is­raël d’au­jour­d’hui, Nad­jari essaie de jouer sur les deux fronts – intimiste et social – sans réus­sir sur aucun des deux tableaux. La faute en incombe à un scé­nario man­quant de pro­fondeur, et à une mise en scène agaçante qui scrute fréné­tique­ment les vis­ages mais ne prend pas beau­coup de recul.

Avan­im se veut un por­trait de femme, une femme israéli­enne con­fron­tée à des prob­lé­ma­tiques con­tem­po­raines, telles que la ten­sion entre laïc­ité et reli­gion ou encore la place de la femme dans une société régie par des hommes. Le point de vue priv­ilégie le regard de l’héroïne. Il s’ag­it donc de voir le monde et les événe­ments par ses yeux, avec une caméra à hau­teur des per­son­nages, dans un style hési­tant entre fic­tion et doc­u­men­taire. Les dia­logues sont d’ailleurs en grande par­tie impro­visés, de manière à capter le ressen­ti et l’au­then­tic­ité de chaque séquence… du moins en théorie.

Entre l’au­torité du père, du mari et de la reli­gion, Michale doit faire face à des préoc­cu­pa­tions sen­ti­men­tales, pro­fes­sion­nelles et famil­iales. Le film est donc une suite de rup­tures illus­trant les dif­fi­cultés qu’elle ren­con­tre dans son quo­ti­di­en de femme. Mal­heureuse­ment, le réal­isa­teur s’en­lise inex­orable­ment dans ce quo­ti­di­en. Il est fort prob­a­ble qu’il aurait pu retran­scrire les émo­tions de Michale et ren­dre pal­pa­bles sa détresse et ses inter­ro­ga­tions sans nous infliger ces inter­minables scènes de repas, ou ces actions répéti­tives et dépourvues d’o­rig­i­nal­ité. Le début du film nous fait vivre son quo­ti­di­en presque en temps réel : une escapade à l’hô­tel avec son amant, l’escale au bureau, le petit garçon récupéré à l’é­cole (et tou­jours le dernier, bien sûr, comme le lui fait remar­quer l’in­sti­tutrice), les cours­es au super­marché, la pré­pa­ra­tion du repas, le retour du mari etc.

L’ensem­ble souf­fre d’un manque d’u­nité, alter­nant les scènes qui traî­nent en longueur, et celles qui sont expédiées, alors qu’elles auraient mérité un peu plus de con­sis­tance et de vari­a­tions. Par exem­ple, en quelques min­utes, nous assis­tons à la mort et à l’en­ter­re­ment de l’amie, ain­si qu’à la réc­on­cil­i­a­tion avec le père, événe­ments que nous avons à peine le temps de « digér­er ». Nad­jari ne fait qu’­ef­fleur­er les pos­si­bil­ités des con­flits et des moments de ten­sion, alors qu’ils auraient pu génér­er les scènes les plus intéres­santes et les plus intimistes du film. Le drame qui touche Michale se résume alors à un amant que le spec­ta­teur a aperçu une fois, et qui dis­paraît aus­sitôt dans un atten­tat ; elle quitte son mari et sa mai­son sur un coup de tête (du moins c’est l’im­pres­sion qui s’en dégage, puisque ses moti­va­tions ne sont pas réelle­ment exam­inées et sa rela­tion avec son mari n’est pas assez explic­itée) ; et pour couron­ner l’ensem­ble, la réso­lu­tion du con­flit con­ju­gal fait l’ob­jet à la fin du film d’une ellipse tem­porelle, lais­sant le spec­ta­teur per­plexe. Com­ment, dans ces con­di­tions, par­venir à ressen­tir une quel­conque émo­tion face aux faits qui nous sont racon­tés ?

Quant à l’ac­trice inter­pré­tant Michale, Asi Levi, son jeu est brut, sans nuances. Sa manière d’en­vis­ager la souf­france du per­son­nage paraît erronée et réduc­trice. Michale pense se don­ner une con­te­nance en fumant ou en rel­e­vant ses cheveux, mais cela ne fait pas oubli­er qu’au lieu de se heurter aux événe­ments pour ten­ter de les résoudre, elle n’af­fronte aucune sit­u­a­tion : elle refuse d’abord de se con­fi­er à son amie, tente d’abréger le repas famil­ial au restau­rant, refuse de dire à son mari pourquoi elle s’en va, et met un terme à la dis­cus­sion qui l’op­pose à un homme lui deman­dant de se cou­vrir la tête. Si bien qu’à la fin c’est le spec­ta­teur lui-même qui se sent délais­sé et frus­tré devant ces fuites à répéti­tion.

À l’im­age de son héroïne, Nad­jari ne se con­fronte pas aux sit­u­a­tions qu’il a imag­inées, il les laisse se dérouler en récoltant rarement un heureux résul­tat. L’ex­pli­ca­tion doit être à chercher du côté de cette vision qui se veut doc­u­men­tariste sans l’être vrai­ment, et surtout du car­ac­tère impro­visé des dia­logues, qui indé­ni­able­ment se ressent, et dessert le film plus qu’il ne lui apporte une touche d’au­then­tic­ité. La mise en scène souf­fre quant à elle d’un cru­el manque d’in­spi­ra­tion. Le pre­mier plan du film nous mon­tre l’héroïne en plan rap­proché, avec un arrière-plan flou. Le film entier suiv­ra cette ten­dance : rester focal­isé sur l’héroïne, sans pren­dre de recul, et sans pren­dre la peine de dévelop­per les événe­ments qu’elle vit et le con­texte de ses actions. La ques­tion de la reli­gion, par exem­ple, appa­raît plus comme une toile de fond qu’un véri­ta­ble thème du film. Des pistes sont donc lancées, mais aucune réponse n’est don­née. De la même manière, en voulant capter et trans­met­tre le ressen­ti de ses per­son­nages, Nad­jari reste trop sou­vent col­lé aux vis­ages, dans un tres­saute­ment inin­ter­rompu qui passe d’abord pour un effet de style, mais finit par agac­er. Avan­im est donc un film qui reste bien en deçà de ses pos­si­bil­ités, et de la beauté que la lutte d’une femme mod­erne à Tel-Aviv aurait pu dégager.

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